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Comme l'eau des étangs...

If... (ou : exercices pratiques à l'usage des parents masochistes, partie 1)

15 Avril 2015, 16:54pm

Publié par Nathalie M.

Avoir un ou plusieurs enfants est un excellent moyen de générer angoisses, culpabilité et regrets, qui sont, comme vous l'avez déjà compris depuis mon incontournable article sur le livre de Dan Greenburg, Le Manuel du Parfait petit Masochiste, autant d'excellents moyens de se rendre malheureux.

La plupart des parents y parviennent sans autre aide que celle de leurs propres enfants, assistés essentiellement des grands-parents, des corps médical et enseignant. Néanmoins, comme il est toujours possible de s'améliorer, voici quelques exercices faciles d'autotorture.

Faire ces exercices nécessite un cahier (d'autant plus épais que vous avez, ou projetez d'avoir plusieurs enfants) et de un à dix enfants (les vôtres, sinon, c'est moins efficace) ; si vous avez plus de dix enfants,  vous êtes en train de perdre votre temps à lire ce blog au lieu de vous occuper de votre progéniture, et vous devriez avoir honte. Si vous en avez moins de dix aussi, d'ailleurs : êtes-vous sûr(e) que vous ne pourriez pas être en train de vous occuper plus utilement, par exemple préparer une purée de carottes et brocolis  bourrée de vitamines, faire un gâteau au chocolat pour le goûter de demain, repasser leurs culottes pour en tuer les microbes ?

La réalisation de ces exercices peut s'étaler avec profit sur plusieurs années. Plus vous aurez d'enfants, plus ce sera long et productif. Et vous verrez que chaque étape de leur croissance pourra être l'occasion pour vous de nouvelles souffrances.

Comme vous allez le constater, il s'agit, pour la plupart des exercices qui suivent, d'établir des listes. Un bon conseil : laissez une ou deux pages vierges à la suite de chaque liste afin de pouvoir la compléter au fil des années.

Les différentes listes peuvent être réalisées dans n'importe quel ordre, suivant l'inspiration du moment.

1) Notez le prénom que vous avez choisi pour chaque enfant. Puis faites la liste de tous les diminutifs ou surnoms ridicules dont on pourra l'affubler dans sa vie. Puis celle de toutes les raisons qu'il /elle a/aura de détester ce prénom et en conséquence de vous en vouloir.

2) Faites la liste de toutes les choses que vous pourriez faire si vous n'aviez pas d'enfant.

3) Faites le compte de toutes les heures de sommeil que vous avez perdues depuis sa/leur naissance. Regardez-vous dans un miroir : comptez vos rides/ cheveux blancs. Imaginez le visage que vous auriez si vous aviez dormi tout votre saoul pendant toutes ces années.

4) Si vous avez une/des fille(s) : faites la liste de tous les avantages qu'ont les parents de garçons ; si vous avez des garçons, faites la liste de tous les avantages qu'ont les parents de filles. Si vous avez les deux : imaginez à quel point il aurait été préférable de les avoir dans un ordre différent (j'avoue, c'est moins efficace).

5) Comparez systématiquement votre enfant à tous ceux que vous rencontrez. Vous pouvez par exemple utiliser les critères suivants : beauté, humour, propreté, réussite scolaire (ou pour les plus petits : âge des premiers mots, des premiers pas etc), politesse (ou pour les plus jeunes affabilité avec des inconnus), participation aux tâches ménagères, vivacité, générosité, taille, poids, alignement des dents, performances sportives etc. 

N'hésitez pas à interroger les autres parents sur les qualités et capacités de leurs enfants ; prenez pour argent comptant tout ce qu'ils vous diront de positif, négligez leurs propos négatifs (c'est bien connu, les gens adorent se plaindre).

Si vous avez l'impression que votre enfant surpasse les autres enfants sur tous ces points, inquiétez-vous : soit vous êtes le parent aveugle d'un enfant-roi qui ne manquera pas de sombrer dans la drogue ou la délinquance ; soit vous êtes tellement exigeant(e) envers votre enfant que vous avez fait de lui/d'elle un(e) petit(e) névrosé(e) dont la seule préoccupation est d'être parfait(e) pour vous complaire et qui risque fort de devenir psychopathe.

6) Chaque soir (ou chaque semaine si vous manquez de temps ou êtes de ces parents indignes qui voient peu leur enfant), dressez la liste de tous les moments où vous avez failli, même un tout petit peu, à votre noble mission. Y compris les gâteaux industriels que vous avez glissés dans son cartable pour le goûter ; y compris le geste d'énervement que vous avez eu quand vous avez constaté que votre enfant, cinq minutes avant le départ pour l'école, était en pyjama en train de lire une BD dans sa chambre ; y compris tous les livres que vous ne lui avez pas lus.

Si vous ne faillissez jamais, si vous pensez être un parent parfait, demandez-vous si vous n'êtes pas en train de passer à côté de la vraie vie. Et rappelez-vous que rien n'est pire pour la construction d'un enfant que d'avoir des parents parfaits.

7) Consultez régulièrement sur internet des sites médicaux. Dressez une liste de toutes les pathologies graves qui peuvent atteindre les enfants, avec leurs principaux symptômes. Relisez-la fréquemment. Cherchez systématiquement ces symptômes chez votre enfant. Ne faites jamais confiance aux médecins qui le prétendent en bonne santé et ne s'y connaissent guère en pathologies rares.

Observez cette photographie : à votre avis, combien de bactéries potentiellement mortelles cette petite fille a-t-elle tripotées ? Combien de vers, tessons,clous rouillés, serpents se cachent sous ses mignons petits pieds?

Observez cette photographie : à votre avis, combien de bactéries potentiellement mortelles cette petite fille a-t-elle tripotées ? Combien de vers, tessons,clous rouillés, serpents se cachent sous ses mignons petits pieds?

8) S'ils vous arrive d'avoir un comportement injuste envers votre enfant (énervement ou colère injustifiés, sévérité excessive...), notez-le. Culpabilisez. Ne changez rien à votre comportement. Ne vous faites surtout pas aider.

9) Notez chaque fois que vos enfants ont des poux. Chaque fois que vous en attrapez à leur contact. Indiquez systématiquement la somme dépensée en traitements inefficaces (si vous connaissez un traitement efficace, merci de me contacter). Tous les cinq ou six ans, calculez ce que vous auriez pu vous offrir avec tout cet argent.

10) Faites la liste de tout ce qui vous énerve, voire vous horripile chez l'autre parent et les grands-parents de votre enfant. Chaque fois que vous observez un comportement similaire chez votre enfant, notez-le.

11) Guettez le moindre signe de tristesse ou d'ennui chez votre enfant et culpabilisez de le voir si malheureux. Demandez-vous si ce n'est pas le signe, chez lui, d'un tempérament dépressif.

Si votre enfant n'est jamais triste, ne s'ennuie jamais, c'est inquiétant ; il souffre peut-être d'un déséquilibre émotionnel. Vous devriez consulter. Plusieurs psys, s'il le faut.

12) Faites la liste de tous vos défauts physiques (y compris ceux qui sont invisibles). Cherchez-les chez votre enfant. Sentez-vous coupable de lui avoir transmis des gènes aussi minables. 

Si votre enfant n'a hérité aucun de vos défauts, faites le même exercice avec ceux de son autre géniteur.

Si votre enfant n'a aucun défaut, imaginez l'avenir qui se prépare pour lui, en butte à la jalousie et à la méchanceté de tous les êtres imparfaits qui jalonneront son chemin.

 

Ce n'est pas fini ! Mais en attendant la suite, vous avez déjà de quoi faire.

Si vous aimez, partagez !

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Geneviève Verdo 15/04/2015 21:31

J'avoue, je suis fan de cette série du petit masochiste ! Et de me prendre à rêver combien de massages j'aurais pu m'offrir si... etc. Jusqu'à me rappeler que ce soir, mon aînée a rangé les courses, même pas n'importe comment, et SANS QUE JE NE LUI DEMANDE RIEN. Passé le premier moment d'attendrissement et de triomphe je m'interroge : n'ai-je pas fait peser sur elle, inconsciemment, toute la charge de culpabilité dont je m'accable quotidiennement ? Ne lui ai-je pas trop lourdement fait sentir combien il m'en coûte de faire les courses, préparer à bouffer, et me taper toutes les corvées quotidiennes ? N'ai-je pas... quoi, ça y est ? J'ai le niveau requis ?