Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Comme l'eau des étangs...

Projet : Stop au déni, les sans-voix

26 Mai 2015, 08:18am

Publié par Nathalie M.

Voici un beau projet qui permet à des victimes de violences sexuelles de faire entendre non pas leur voix mais leurs paroles, portées par la voix d'un, d'une autre, issuE du monde du spectacle, politique, médical, judiciaire, médiatique..

Ces personnes donnent une voix à des hommes, des femmes, victimes dans l'enfance, à l'adolescence, à l'âge adulte et qui, souvent, n'ont jamais parlé de ce qu'ils ont vécu, ou n'ont pas été entendus. Des hommes, des femmes qui sont peut-être votre voisin, votre amie d'enfance, votre collègue, votre médecin, votre cousine, le prof de votre enfant... Des hommes, des femmes qui vivent, ou survivent avec ce secret, parfois à l'insu même de leurs parents ou de leur conjointE.

Après tout, qui n'a pas ses petits secrets ? 

Mais celui-ci détruit, plus ou moins vite, plus ou moins insidieusement, plus ou moins violemment, mais sûrement. 

Ce secret là beaucoup de gens. C'est tellement horrible, n'est-ce-pas ? Pourquoi ne pas plutôt parler de choses gaies, de choses positives ? Pourquoi ne pas oublier ?

- Parce qu'oublier n'est possible que pour les agresseurs et leurs complices actifs ou passifs, pas pour les victimes.

"Il a fallu vivre dans le silence de la famille, des amis, des médecins, des assistantes sociales et même des psys. A tous, je le disais, et tous m'opposaient le même mur de doute et d'incompréhension. (...) sentiment de ne plus faire partie du monde des humains (...). Il a fallu apprendre à avoir l'air d'être normale, essayer d'arrêter d'être angoissée, hypersensible (...). Une guerre de tous les instants contre soi-même. Tout cela a duré plus de trente ans, un silence étouffant, une chappe de plomb, imposée parce que cela dérange trop (...). Bref, surtout tais-toi, et oublie." (témoignage n°11)

- Parce que même si, parfois, l'amnésie a recouvert le crime, celui-ci ne cesse pas son oeuvre destructrice, bien au contraire. (Mais ce n'est pas non plus parce que l'amnésie, souvent à l'issue d'un long et douloureux travail thérapeutique, a cessé,  que la victime serait miraculeusement "guérie". La levée de l'amnésie n'est une étape nécessaire dans le processus de libération.)

"La vérité remonte malgré moi. Quand l'amnésie a disparu, cela a été terrible. Je n'imaginais plus la vie (...). Et puis peu à peu, les morceaux se sont recollés. (...) Tout est compliqué et fragile. Et l'espoir là-dedans, c'est souvent de la désespérance, mais elle est vécue comme un bonheur, celui de vivre malgré tout."  (témoignage n°2)

- Parce que parler des violences sexuelles n'empêche pas de parler aussi, à d'autres moments, de choses gaies, positives. D'ailleurs, certains des comédiens donnant leur voix à ce projet continueront à nous faire rire, dans d'autres circonstances.
 
- Parce que les violences sexuelles sont un véritable problème de société, un véritable problème de santé publique, dont on commence enfin à prendre conscience.
 
- Parce que ce déni collectif fait le jeu des agresseurs. "Inutile d'en parler, on ne te croira pas". Peu de paroles d'agresseurs sont aussi vraies, malheureusement. Ce déni collectif a comme conséquence le silence des victimes. Comment dire qu'on a été victime de quelque chose dont tout le monde nie l'existence ? Alors les victimes se taisent, se croient folles, intériorisant d'emblée le jugement que porterait la société si jamais elles se risquaient à raconter.
 

"Je les ai enfouis au plus profond de moi, pensant que j'étais folle " (témoignage n°16). 

"Il ne fallait pas en parler. J'étais persuadée qu'il ne fallait rien dire à personne. Je ne pouvais pas en parler (....). Le gradé n'est jamais coupable et la femme n'est jamais violée (...) Je pensais parvenir à oublier, mais non (...). J'avais peur (...). J'étais persuadée que j'allais passer pour une folle auprès de mes chefs. Je me suis tue pendant longtemps, et souffert pendant des années (...). Les femmes doivent se taire, elles n'ont pas le droit de se plaindre." (témoignage n°1)

- Parce que le silence des victimes a pour conséquence l'impunité des agresseurs et le loisir qu'ils ont de réitérer leurs crimes.

"Moi, je suis en vie, mais les autres? Où sont-elles? Toutes celles qui ont versé les mêmes larmes que les miennes et qui n'ont pas eu ma chance. Par la suite, il m'a fallu encore dix-sept ans avant de croiser le chemin du  psychiatre qui m'entendrait et qui soignerait le terrain miné de ma mémoire traumatique" (témoignage n°18)

Il faut donc en parler ! Et c'est pourquoi ce projet est salutaire.

- Parce que la parole de ces hommes et de ces femmes mérite d'être entendue, comme toute parole véritable.

- Parce qu'il est temps que la société tout entière accepte enfin de prendre conscience que cela existe, que c'est même fréquent. Et plus les témoignages seront nombreux, plus ils seront crédibles.

- Parce qu'il est temps que la société tout entière accepte de comprendre que ce n'est pas parce qu'on n'en parle pas que cela n'existerait pas. 

- Parce que la société tout entière doit comprendre et accepter que ces actes font des dégats, souvent profonds, souvent sur plusieurs générations.

"(...) le viol a été à l'origine de comportements violents chez cet homme tout au long de sa vie. De  nature très austère et sombre, il ne riait pratiquement jamais et se montrait avec tous d'une grande dureté. Même si sans aucun doute, il nous aimait énormément.(...) nous vivions tous sur le qui-vive en permanence, tant nous redoutions ses crises (...). Notre enfance a été en partie gachée par toute cette violence qui sourdait de lui et nous faisait redouter sa présence" (témoignage n° 6)

- Parce que les victimes actuelles et futures doivent savoir qu'elles peuvent, qu'elles pouront parler, être crues, entendues, aidées. Que les agesseurs doivent comprendre que la loi du silence et le temps de l'impunités sont terminés.

 

Il faut du courage pour entendre ces témoignages. Certains sont presque insoutenables. Ils sont même difficiles à croire pour des gens normaux. Parce que les gens normaux ont du mal à croire que d'autres êtres humains puissent agir ainsi. Parce qu'il est plus facile de croire que de tels actes sont isolés, exceptionnels, qu'ils sont le fait de quelques "malades", qu'ils ne peuvent pas nous concerner, ni nous, ni nos proches.

Mais il a fallu plus de courage encore aux victimes pour témoigner. C'est pourquoi nous pouvons, je pense, trouver en nous celui de les entendre, sans nous réfugier derrière un bien pratique refus de voyeurisme. Il n'y a aucun exhibitionnisme dans ces témoignages, mais une immense dignité.

Le témoignage n°6 est sans aucun doute un des plus faciles à entendre et supporter ; il s'intéresse moins au viol lui-même, dont la victime n'a jamais parlé (du moins consciemment) qu'à ses conséquences sur la vie affective et familiale de la victime. Pour moi, c'est aussi un des plus poignants.

"La parole des victimes n'existe qu'écoutée et là enfin, douloureuse, elle devient riche de promesses." (témoignage n°2)

Si vous voulez en savoir plus sur les conséquences à l'âge adulte des  violences sexuelles subies dans l'enfance, voyez ICI.

Et n'hésitez pas à  signer la pétition pour que soit améliorée la prse en charge des victimes (très insuffisante aujourd'hui).

 

Vous avez apprécié cet article ? Partagez-le.

Comme l'eau des étangs de Nathalie M. est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Attribution - Pas d’Utilisation Commerciale - Partage dans les Mêmes Conditions 4.0 International. Fondé(e) sur une œuvre à http://commeleaudesetangs.over-blog.com/.
Commenter cet article