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Comme l'eau des étangs...

Pour le Musée du Luxembourg, viol égalerait-il amour ?

17 Septembre 2015, 08:03am

Publié par Nathalie M.

Hier, sur Facebook, mon amie Béa a fort justement attiré l'attention sur une affiche qui fleurit sur les murs de notre belle ville et particulièrement de son métro.

Elle représente une partie du tableau suivant.

Pour le Musée du Luxembourg, viol égalerait-il amour ?

Il s'agit d'un tableau du peintre français Jean-Honoré Fragonard, peint en 1777 et exposé habituellement au Louvre.

Qu'y voit-on ?

 

Pour le Musée du Luxembourg, viol égalerait-il amour ?

Le tableau représente une scène d'intérieur, aux couleurs chaudes. La partie gauche du tableau montre qu'il s'agit d'une chambre. On note le drapé des rideaux rouges, le lit défait, à la courtepointe également rouge. Au centre du tableau, se mêlent les tissus du drap blanc et de la robe jaune d'une femme. 

Les symboles sexuels ne manquent pas qu'il s'agisse de la couleur rouge de la passion ou de la pomme, posée sur une table au premier plan, rappel du péché originel.

 

Pour le Musée du Luxembourg, viol égalerait-il amour ?

Dans la partie droite du tableau, une femme et un homme sont debout. Le drapé des vêtements, robe et chemise de la femme, chemise de l'homme, soulignent le mouvement. L'homme, solide, pieds écartés, de dos, mais visage de profil tourné vers la femme, tient celle-ci fermement par la taille. De la sorte, le centre de leurs corps respectifs est en contact. De son autre main, l'homme, dressé sur la pointe des pieds, cherche à atteindre le verrou de manière à fermer la porte.

Pour le Musée du Luxembourg, viol égalerait-il amour ?
Pour le Musée du Luxembourg, viol égalerait-il amour ?
Pour le Musée du Luxembourg, viol égalerait-il amour ?

La solide verticalité de son corps contraste avec celui de la femme, courbé en arc de cercle : si son centre est bien proche de celui de l'homme, sa tête, ses pieds (son pied droit sur la ligne médiane du tableau) s'en éloignent au contraire clairement dans un mouvement de résistance. Son visage se détourne de celui de l'homme. Sa main droite repousse la tête de celui-ci, tandis que sa main gauche se tend elle aussi vers le verrou, impuissante, car la femme est bien trop petite et trop loin pour l'atteindre. Le contraste est saisissant entre les deux mains, accentuant la dissymétrie des forces en présence.

Jeu amoureux ? Résistance feinte ? Tout semble indiquer le contraire, notamment l'expression du visage de la femme, dans lequel, j'ai beau chercher, je ne vois nulle trace d'excitation ou de joie complice.

Il me semble plutôt, jusqu'à preuve du contraire, que sont ici représentés les instants qui précèdent un viol. 

Pour le Musée du Luxembourg, viol égalerait-il amour ?
Pour le Musée du Luxembourg, viol égalerait-il amour ?

Et quand bien même ? Si je commence à pourchasser les traces de sexisme dans l'histoire de l'art, sûr que je ne suis pas sortie de l'auberge ! Vais-je maintenant proposer de brûler cette toile de Fragonard ? Tout au moins de la cacher dans un carton tout au fond d'une cave obscure du Louvre ? Que nenni ! 

D'une part, je ne crois pas que l'art doive être édifiant, d'autre part je suis contre la censure. 

Non, ce qui me choque profondément, comme cela a choqué mon amie, c'est ça : 

Pour le Musée du Luxembourg, viol égalerait-il amour ?

C'est ce tableau associé au mot "amoureux". C'est que le commissaire de l'exposition n'ait pas trouvé mieux que de choisir ce morceau de ce tableau pour son affiche.

Il avait pourtant le choix :

Dans tous ces tableaux, d'ailleurs, les visages féminins sont souriants, détendus.  Même dans le dernier, intitulé "La résistance inutile". Rien à voir avec celui de la femme du Verrou.
Dans tous ces tableaux, d'ailleurs, les visages féminins sont souriants, détendus.  Même dans le dernier, intitulé "La résistance inutile". Rien à voir avec celui de la femme du Verrou.
Dans tous ces tableaux, d'ailleurs, les visages féminins sont souriants, détendus.  Même dans le dernier, intitulé "La résistance inutile". Rien à voir avec celui de la femme du Verrou.
Dans tous ces tableaux, d'ailleurs, les visages féminins sont souriants, détendus.  Même dans le dernier, intitulé "La résistance inutile". Rien à voir avec celui de la femme du Verrou.
Dans tous ces tableaux, d'ailleurs, les visages féminins sont souriants, détendus.  Même dans le dernier, intitulé "La résistance inutile". Rien à voir avec celui de la femme du Verrou.
Dans tous ces tableaux, d'ailleurs, les visages féminins sont souriants, détendus.  Même dans le dernier, intitulé "La résistance inutile". Rien à voir avec celui de la femme du Verrou.
Dans tous ces tableaux, d'ailleurs, les visages féminins sont souriants, détendus.  Même dans le dernier, intitulé "La résistance inutile". Rien à voir avec celui de la femme du Verrou.

Dans tous ces tableaux, d'ailleurs, les visages féminins sont souriants, détendus. Même dans le dernier, intitulé "La résistance inutile". Rien à voir avec celui de la femme du Verrou.

 

"Galant et libertin", dit l'affiche. Et le site de la Réunion des musées nationaux d'en rajouter :

Se faisant tour à tour galante, libertine, audacieusement polissonne ou au contraire ouverte à une nouvelle éthique amoureuse, celle-ci ne cesse en effet de mettre en scène la rencontre des corps et la fusion des âmes. - See more at: http://www.grandpalais.fr/fr/evenement/fragonard-amoureux#sthash.w8bY9l0b.dpuf

Moi non plus, Béa, je ne vois sur cette affiche ni galanterie, ni polissonnerie audacieuse... Quant à "l'éthique amoureuse" et la "fusion des âmes"... j'ai beau chercher... Dans les autres tableaux, oui, je les trouve ; pas dans celui-ci.

Mais je vois que la RMN associe sur les murs du métro une scène de violence sexuelle avec les mots "amoureux", "galant", "libertin"... comme si cette scène était tout ce qu'il y a de plus normal. 

Je ne crois pas être prude. Je pense qu'il n'y pas de limites à ce qui est acceptable dans la sexualité, sinon celle du consentement libre et éclairé de tous les partenaires. Je pense que tous les fantasmes sont acceptables, y compris ceux qui transgressent cette condition fondamentale du consentement*, mais qu'ils doivent rester des fantasmes, autrement dit qu'ils ne doivent pas être concrétisés.

Or, cette affiche, par l'association de ces mots à cette image, laisse à penser que cette scène de violence sexuelle est acceptable, non en tant que fantasme, mais en tant que pratique libertine, galante, amoureuse. 

Est-il besoin de souligner que cette affiche est visible par tous, adultes, enfants, adolescents  ? A l'heure du porno en libre accès sur internet, cela peut paraître anodin, mais j'ose penser qu'un ado qui regarde du porno a quand même un peu l'impression de transgresser un interdit. Or cette affiche émane de la Réunion des Musées Nationaux, de la culture officielle et diffuse le message que l'amour et le viol, au fond, c'est un peu la même chose.

Alors, si ce n'était pas interdit par la loi, je proposerais bien à toutes celles, tous ceux que cette affiche choque de se munir d'un marqueur et d'y écrire des messages tels que "Viol ≠ amour" ou l'équivalent ; mais comme c'est interdit par la loi, je ne me risquerai pas à vous inciter à le faire. En revanche, il est tout à fait licite d'inonder la messagerie du musée du Luxembourg de demandes d'explication ou de protestations.

* Consentement réciproque, libre et éclairé : ce qui implique évidemment d'avoir atteint un âge suffisant (en France la loi le fixe à quinze ans, dix-huit dans certains cas), d'être en possession de ses moyens intellectuels, de ne pas être soumis à pression physique, psychologique, sociale, économique de la part du / des partenaires (qui dès lors deviennent de facto violeurs).

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