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Comme l'eau des étangs...

Clémentine Beauvais, "La pouilleuse"

4 Novembre 2015, 09:03am

Publié par Nathalie M.

Alors, peut-être que depuis seize ans que j'ai des enfants d'âge scolaire, la question des poux m'émeut particulièrement ? En tout cas, j'ai énormément aimé ce petit roman (106 pages et c'est écrit gros) de Clémentine Beauvais intitulé La Pouilleuse.

Clémentine Beauvais, "La pouilleuse"

Soutenu par Amnesty International, ce roman raconte, à la première personne et trois ans après les faits, une journée d'un petit groupe de lycéens de 2nde des beaux quartiers parisiens. 

Un beau matin, ils décident de sécher les cours, s'ennuient, achètent de la nourriture chinoise, puis enlèvent une petite fille qui passait par là, une petite fille qui a attiré leur attention parce qu'elle a des poux.

Alors c'est vrai qu'on m'a toujours présenté, dans cette affaire, comme le type pas compliqué, le plus sensible de la bande. On a dit que si j'avais eu de l'autorité sur les autres, j'aurais pu empêcher tout ça, mais je crois que c'est faux. Si j'avais eu de l'autorité, justement, j'aurais fait exactement la même chose.

Et comme naturellement, parce qu'elle est seule et qu'ils sont plusieurs, parce qu'elle est petite et qu'ils sont grands, parce qu'elle est noire et qu'ils sont racistes de manière totalement décomplexée, leur violence va peu à peu se déchaîner contre elle dans ce huis-clos étouffant.

- Tu connais le mot "parasite" ? elle a demandé.
Gonzague a pouffé et s'est étalé sur le lit. Elise, à la fenêtre, semblait pensive. La petite a secoué la tête.
- Bon, a dit Anne-Laure. Pa-ra-site. Répète.
-Parasite, a répété la petite.

Clémentine Beauvois ne cherche pas à  expliquer, non plus que le narrateur d'ailleurs, qui répète qu'il n'y a rien à comprendre. Elle énonce des faits, qui s'enchainent les uns aux autres dans une logique implacable. Elle montre, sans jamais lourdement démontrer, comment la bêtise et l'intolérance entrainent la violence, et également à quel point l'effet de groupe peut être pervers. La méchanceté des uns, la lâcheté des autres, la volonté de dominer ou d'être accepté dans le groupe, la faiblesse de tous amènent peu à peu ces adolescents à commettre l'irréparable.

C'est un roman oppressant, dont la lecture est à la fois facile (d'autant plus que les caractères sont gros et les pages très blanches) et très dure ; à plusieurs reprises, j'ai failli abandonner tant je me sentais mal ; seul l'espoir que la petite s'en sortirait vivante (et je m'accrochais à l'idée que dans un roman jeunesse ce serait sans doute le cas) m'a poussée à terminer. Il n'est pas à mettre entre toutes les mains, donc, mais à conseiller sans hésitation aucune à partir de treize ou quatorze ans, à l'âge où le groupe de copains prend de plus en plus d'importance et tend parfois à devenir la valeur ultime. Sa brièveté et la simplicité de son style le rendent accessible même à ceux qui ne goûtent guère la lecture.

- Tout le monde a des poux dans la classe, a soufflé la petite.
- Pas tout le monde. Seulement les gens sales comme toi.

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