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Comme l'eau des étangs...

D'un basilic à l'autre.

11 Novembre 2015, 08:33am

Publié par Nathalie M.

Comme vous le savez sans doute, le français utilise le même terme de "basilic" pour désigner une créature mythologique et une plante aromatique. Intriguant, n'est-ce pas ?

En fait, il s'agit seulement d'une étymologie commune : le grec ancien βασιλίσκον basiliskon, diminutif de βασιλεύς basileus en latin, qui signifie « roi » ou « petit roi ». Le basilic, ce serpent qui pouvait vous tuer d'un seul regard (à moins que vous ne l'eussiez vu en premier, suffisait d'être vigilant !) était évidemment le roi des serpents. Aristote aurait écrit à son sujet au IVe siècle avant notre ère : « il est vrai que si le basilic peut nous donner la mort, nous pouvons lui rendre la pareille en lui présentant la surface polie d'un miroir : les vapeurs empoisonnées qu'il lance de ses yeux iront frapper la glace, et, par réflexion, lui renverront la mort qu'il voudra donner* » 

 

M. Salgues, Des erreurs et des préjugés, cité par Collin de PlancyDictionnaire infernal.

 

 

Harry Potter et la chambre des secrets (Chris Colombus).

Je n'ai pas pu résister, mais le "vrai" basilic était beaucoup plus petit et ressemblait plutôt à ça. Il est sûr que le combat eût été moins spectaculaire.

D'un basilic à l'autre.

Apparemment, il en faut plus pour effrayer les hommes du Moyen-Age qu'un minuscule serpent au regard assassin ! Alors ils lui inventent différents attributs : des ailes, des pattes (de deux à huit), une tête de coq et, très souvent, une couronne qui rappelle son origine royale. 

 

Sebastien Münster, "Cosmographia Universalis", 1559
Sebastien Münster, "Cosmographia Universalis", 1559

Sebastien Münster, "Cosmographia Universalis", 1559

Quant à la plante aromatique, si ses propriétés calmantes sont indéniables, elle n'a rien de mortel, bien au contraire ! Son nom grec est également dérivé de βασιλεὐς / basileus, mais diffère légèrement de celui du serpent :  βασιλικόν / basilikón (« plante royale »). En français, on l'appelle d'ailleurs encore parfois "herbe royale". Il n'y a pas qu'en Occident que cette plante est réputée. En fait, le basilic serait originaire du centre de l'Afrique ; il aurait été domestiqué en Inde ou dans le Sud-Est asiatique, d'où il se serait diffusé dans toute l'Asie. Il aurait été apporté en Occident par les soldats d'Alexandre le Grand environ 300 ans avant notre ère. C'est une plante sacrée dans la tradition indienne, plantée autour des temples. En Afrique, elle est toujours utilisée notamment pour ses propriétés antiseptiques.

 

Boccace (XIVe s.) dans son Decameron, raconte l'histoire d'Isabelle, dont les frères assassinent l'amant bien-aimé, Laurent.

Isabella and the pot of basil (William Holman Hunt)

Isabella and the pot of basil (William Holman Hunt)

 
" Cependant elle ne cessait de penser à lui et de gémir sur la longueur de son absence. Elle l’appelait souvent pendant la nuit, et le conjurait de venir essuyer les larmes que le chagrin d’en être séparée lui faisait répandre. Elle était inconsolable ; mais elle n’osait se plaindre à personne ; l’image de son amant ne la quittait pas un seul instant. Une nuit, après avoir longtemps soupiré avec larmes sur une absence aussi cruelle, elle s’endormit tout en lui faisant des reproches de son retardement à venir la consoler. Le sommeil ne se fut pas plutôt emparé de ses sens qu’elle crut voir Laurent en personne, pâle, défait, vêtu d’habits déchirés et couverts de sang, et lui entendre dire ces propres mots : « Hélas ! ma chère Isabeau, c’est vainement que tu m’appelles et que tu te tourmentes en me reprochant ma longue absence. Apprends, ma chère amie, que je ne peux plus revenir te voir. Tes frères m’ont tué le dernier jour que tu me vis » et, après lui avoir indiqué le lieu où ils l’avaient enterré, il disparut.

La jeune fille, à son réveil, crut à son songe comme à un article de foi, et se mit à pleurer amèrement. Lorsqu’elle fut levée, elle fut tentée d’en parler à ses frères ; mais, toute réflexion faite, elle n’en fit rien, de peur de les aigrir davantage. Elle résolut de se rendre seulement à l’endroit désigné, pour voir si celui qui lui avait apparu était réellement mort. Ayant donc obtenu de ses frères la permission d’aller se promener hors de la ville, avec son ancienne bonne, elle va tout droit en ce lieu. Son premier soin est de chercher la terre qui paraissait le plus fraîchement remuée. Elle s’arrête et creuse dans l’endroit où elle aperçoit une petite éminence. Elle ne fouille pas longtemps sans trouver le corps de son cher amant, qui n’était encore ni corrompu, ni défiguré, et voit alors avec douleur son songe réalisé. Ce triste spectacle renouvela ses gémissements et ses larmes ; mais jugeant que ce n’était pas là un lieu à s’abandonner au chagrin, elle suspendit ses sanglots pour songer à ce qu’elle devait faire du corps de son amant. Elle l’eût enlevé, si elle l’eût pu, pour le faire enterrer honorablement. Dans l’impossibilité d’exécuter ce projet, elle lui coupa la tête avec son couteau, l’enveloppa d’un mouchoir, la mit dans le tablier de sa domestique, et s’en retourna au logis, après avoir recouvert de terre le reste du corps.
Arrivée dans sa chambre avec cette tête, elle la baisa mille fois et l’arrosa de ses larmes. Ne sachant comment la soustraire aux regards de ses frères, elle s’avisa de la mettre dans un de ces grands vases où l’on plante de la marjolaine ou d’autres fleurs.
Elle commença par l’envelopper d’un beau mouchoir de soie, la couvrit ensuite de terre, et planta dessus un très-beau basilic salernitain, dans l’intention de ne l’arroser jamais que d’eau de rose, ou d’eau de fleurs d’oranger, ou de ses larmes. Elle ne se lassait point de regarder ce pot chéri qui renfermait les restes précieux de son cher Laurent. Elle pleurait quelquefois si abondamment, que le basilic, sur lequel elle se penchait, en était inondé. Les soins continuels qu’elle en prenait, joints à la graisse que la terre recevait de cette tête, le firent croître à vue d’oeil, et le rendirent plus beau et plus odoriférant."
 Le début et la suite sont ICI. C'est la cinquième histoire de la quatrième journée.
Pas si difficile d'avoir la main verte, il suffit d'avoir le bon engrais !
Isabella or the pot of basil (Waterhouse)

Isabella or the pot of basil (Waterhouse)

Que vous ayez un basilic sur votre fenêtre ou dans votre jardin, ou que vous souhaitiez l'utiliser sous forme d'huile essentielle, voici ses principales propriétés :

Les feuilles de basilic contiennent des antioxydants qui réduisent les dommages causés par le vieillissement et protégeraient contre les maladies cardio-vasculaires. Elles contiennent de la vitamine K en grande quantité et un peu de fer. Elles se consomment fraîches ou (dé)congelées ; par contre, séchées, elles perdent leur goût et leurs propriétés. Le mieux est d'avoir un arbuste et de les cueillir au fur et à mesure des besoins. Il faut éviter de les ciseler ; mieux vaut les déchirer : elles s'oxyderont moins.

Pour en savoir beaucoup plus, rendez vous ICI. Il y a même des recettes ! Et des conseils de jardinage (on a beaucoup évolué depuis Boccace).

 

 

 

Isabella and the pot of basil (George Henry Grenville Manton)

Isabella and the pot of basil (George Henry Grenville Manton)

L'huile essentielle de basilic (ocimum basilicum) a de nombreuses propriétés intéressantes, et est efficace à toutes petites doses.

- Elle atténue certains problèmes de peau : acné, irritations, piqûres d'insectes (diluée dans une huile végétale, 2 gouttes pour 40 ml). Elle est réputée être répulsive pour les insectes, notamment les guêpes. 

- Elle favorise l'expectoration en cas de rhumes, en inhalation (2 gouttes /litre deau chaude) ou en massage (2 gouttes/ 40 ml d'HV)

- Elle est efficace en cas de fatigue, de stress, de difficultés de concentration, de dépression : soit en diffusion dans l'atmosphère, soit en massage (1 gouttes/ 20 ml d'HV) du plexus solaire ou, à défaut, de l'intérieur du poignet.

On peut aussi en mettre une goutte sur un mouchoir et le respirer, en évitant le contact direct de l'huile avec le nez.

- SURTOUT, elle est très efficace contre les maux de ventre (douleurs de règles ou intestinales) : on la dilue dans de l'huile végétale (à raison d'une goutte pour une cuillère à café d'HV) et on masse l'abdomen doucement, en cercles, dans le sens des aiguilles d'une montre (c'est important). Si on ne peut pas masser le ventre car il est trop douloureux, on peut essayer de masser le dos au niveau de l'abdomen.

On peut ajouter, surtout en cas de constipation et / ou de nausées, 1 goutte de menthe poivrée.

ATTENTION : à éviter pendant les règles si elles sont abondantes. Dans ce cas, on préférera la lavande.

 

 

 

Isabella (Henrietta Rae)

Isabella (Henrietta Rae)

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